Le calvaire ne fait que commencer
Après avoir traversé les magnifiques montagnes de cette Suisse nigériane, je me retrouve dans un minuscule poste frontière où les douaniers nigérians, très aimables, m’aident à remplir toutes les formalités d’usage pour mon passage vers le Cameroun. Les douaniers camerounais feront de même, avec un peu plus de rudesse.

J’enfourche de nouveau ma moto pour rejoindre de nouveau un pays de la sphère francophone. La route que je laisse derrière moi n’était pas formidable, mais les routes qui m’attendent sont encore plus ardues, rocailleuses avec des blocs de pierre à surmonter avec ma lourde machine.

La pluie qui s’invite continue de creuser le sillon du calvaire dans lequel je m’enfonce. La route devient aussi glissante que du savon. Je constate stupéfait le changement de température, les paysages sont plus boisés et la forêt recouvre l’horizon, je sens que je descends en altitude et le temps presse.
La ville la plus proche Banyo est à une quarantaine de kms, mais les pistes endommagées par les pluies et le manque d’entretien me font rouler avec prudence.
La pluie les rend glissantes, et du terrain sec et sablonneux, je passe à de la boue visqueuse. Je chute plusieurs fois. Le soleil s’amenuise, il me reste peu de temps pour rejoindre la ville et me mettre au sec.

Un moto-taxi camerounais avec son passager s’arrête et m’aide à relever ma moto après une chute. Il voit qu’avec mes pneus lisses et mon inexpérience de la conduite dans la boue que je ne suis pas à l’aise.
Il me propose son aide :
« Ecoute laisse moi conduire ta moto jusqu’à Banyo et mets-toi derrière moi, j’ai l’habitude ! «
« Et pour ta moto qui va la ramener ? « Lui répondis-je,
« T’inquiète pas, mon passager va la conduire ! »
Il conduit ma moto comme un maître malgré son poids et m’emmène jusqu’a Banyo.
Il ne me demande rien en échange, juste une poignée de main. Je suis tellement reconnaissant envers tous ces Africains qui m’ont aidé par pure gentillesse !
C’est complètement trempé que je rejoins le seul hôtel de Banyo où j’apprécie un bon café. Je suis épuisé et je ne sais pas ce qui m’attend pour le lendemain. Mais pourtant, je m’endors au sec et rapidement.
Trois jours perdus dans la brousse
Banyo – 8h du matin, région de l’Adamaoua
Banyo est une ville saisissante bloquée entre les montagnes et les nuages. Le climat est frais et certains habitants se déplacent à cheval. Une odeur d’Amérique latine, avec du très bon café camerounais, les habitants sont accueillants et affables. Je fais mon paquetage et je demande la route pour Yaoundé. Je vois la piste, pas de goudron en vue…
Je ne sais pas ce qui m’attend, mais le temps presse. Après avoir fait les vérifications d’usage, je profite de l’éclaircie pour enfourcher ma Royal Enfield et mettre les gaz.
Combien de jours me faudra-t-il pour rejoindre Yaoundé ?

La piste est boueuse mais sèche, le climat humide… À chaque check-point, je demande au policier la météo. Alors selon vous quel temps va t-il faire aujourd’hui ? Je fais des pauses de temps en temps pour acheter des gâteaux aux commerçantes. L’accueil est toujours chaleureux et pourtant, elles ne voient pas beaucoup de touristes par ici !
Je demande à des villageois de l’eau et de l’essence. Aucune station-service dans cette partie si rurale du Cameroun. Les habitants stockent de l’essence dans des bouteilles de Ricard vide. Une jeune mère de famille m’apostrophe : « On s’ennuie ici, à part faire l’amour, il n’y a rien à faire », une de ses filles arrivent avec un panier de manioc récolté au champ.
Vu la chaleur et l’humidité, je comprends la difficulté de faire des travaux manuels ici et à quel point j’ai été chanceux de naître en France…
Durant l’après-midi, le climat change et le ciel s’assombrit. Un déluge d’eau s’abat d’un seul coup, je suis obligé de rouler sous un torrent d’eau jusqu’à un abri.

Je récupère mon équipement et m’abrite avec d’autres voyageurs (chauffeurs de taxi, militaires). Certains me questionnent sur le grigri que je porte autour du bras et sont effrayés. Je les rassure et leur demande si la pluie va bientôt s’arrêter.
Une fois la pluie cessée, la piste devient une vraie patinoire, de la gadoue partout. Je repense aux conseils de mon ami motard Freddie, le Sud-Africain : ne pas appréhender, continuer à rouler sans ralentir pour garder son momentum. Pourtant, la suite de la route devient un calvaire.
J’arrive péniblement de nuit à la ville isolée de Bankim ou un hôtel est disponible. Complètement trempé, j’arrive à l’hôtel. Le Camerounais à la réception ne parle qu’anglais. Il me montre la chambre sommaire sans douche, juste un seau, ça ira.
Bankim est une ville animée et pourtant coupée du monde à cause des routes peu praticables.
Le réceptionniste me fait faire un tour dans la ville. Il m’explique le conflit entre francophones et anglophones au Cameroun et les persécutions que subit sa communauté de la part du pouvoir. Je me sens comme dans un film, une ville loin du monde et sans réseaux pour téléphoner à ma famille et à ma compagne.
Le lendemain, j’ai compris qu’il fallait que je parte de bonheur. La route toujours mouillée me donne des difficultés, les ornières causées par les véhicules transforment la piste en pataugeoire.
Je croise dans un virage un camion complètement retourné. Finalement, après de la patience et de la souffrance, j’arrive enfin à la cité royale de Foumban !
En roulant dans la ville je vois un bâtiment énorme en forme de serpent et surplombé d’une araignée ! Cette construction étrange et peu accueillante ne me donne pas envie de rester dans « la Cité des Arts » et après avoir décrotté les pneus de ma moto, je me remets en selle pour rejoindre Yaoundé. De toute façon, le temps presse.
Je retrouve la route goudronnée et je suis rapidement à l’entrée de la capitale.
Retour dans les années 80
Aux portes de la ville, je subis un contrôle de la gendarmerie locale. Avec mon look de barbouze, le gendarme décide d’examiner mes effets personnels.
Pressé, je lui fais ressentir que son contrôle me dérange. Après avoir ouvert tous mes bagages, bredouille, il me laisse repartir.
Peux être me voyait-il en traficant de diamant ou de drogue passant par les petites frontières pour transiter la marchandise. Quoi qu’il en soit, la route est peu fréquentée. Au détour d’un virage, j’observe un immense panneau pour les élections présidentielles camerounaises : un portait de Paul Biya, président du Cameroun depuis 1982 avec un slogan : Paul Biya, la Force de l’expérience. Tu m’étonnes…

Il a été élu quasiment la même année que François Mitterand qui avait une affiche quasiment similaire avec La Force tranquille en 1981.
Mon arrivée à Yaounde est tardive comme d’habitude, je trouve un hôtel de fortune sur les hauteurs de la ville. Il n’y a pas de restaurant et je suis donc obligé de sortir en ville à pied pour trouver à diner.
Je suis saisi par la cuisine camerounaise différente de celle du Nigeria. De la nourriture étrange parsème les étals de street food. Je prends des batons de manioc enroulés dans des feuilles de bananier. J’en profite pour discuter avec quelques badauds puis rentre avant minuit.
Le dimanche à Yaounde

Première étape, je décide de trouver un endroit pour vidanger mon Enfield. Après avoir parcouru tant de kilomètres dans la boue, une révision s’impose pour pouvoir poursuivre ma route dans de bonnes conditions. J’enfourche ma moto pour me rendre un centre ville et trouver une endroit ou boire un café et faire la vidange de mon véhicule.
Dès les premiers mètres, je suis surpris par les routes que le GPS me fait emprunter. Yaoundé « la ville aux septs collines/montagnes » est en altitude. Mon hôtel est sur l’une de ses hauteurs. Le GPS (Maps.me) me fait emprunter des routes boueuses, certains quartiers sont pleins de chèvres et de moutons. Un des bergers se met à l’arrière de ma moto en pensant que je suis un taxi. Arrivé en centre ville, je sens que les automobilistes sont à cran. Il n’hésite pas à me percuter lentement lorsque je suis à l’arrêt. Est ce leurs freins qui sont défaillants ? Je fais une pause à « la maison du café » où j’apprécie un bon café local et je trouve un garage Yamaha officiel où je laisse ma moto pour la vidange.

L’équipe très sympathique bichonne ma moto, le patron Yves un franco-camerounais très avenant m’invite chez lui. Ce motard expérimenté a sillonné de nombreuses pistes du Cameroun. Il est avec sa compagne Valérie très impliquée dans la communauté locale. Ils gérent une maison des jeunes où diverses activités sont proposées. J’assiste à une représentation de théâtre très émouvante. Des jeunes atteints par le VIH y présentent une pièce composée par leurs soins. Je suis touché par leur interprétation.
Yves et Valérie m’invitent à boire un pot dans un bar alternatif « Le Street Corner » à Yaoundé où je rencontre Alexis et Xavier. L’un est un photographe travaillant pour l’AFP au Congo, l’autre a travaillé aussi pour l’AFP mais au Gabon. Ils organisent une exposition photo à Yaoundé avec Valérie.
J’en profite pour discuter de sujets de fond sur leurs expériences. Ils me racontent beaucoup de choses qu’ils ont vues en off. Des éléments qui confirment ce que je pensais déjà entre les financements des campagnes électorales par les fameuses malettes d’Oumar Bongo ou le chaos politique au Congo et en République Centre Africaine.
Les deux sont motards et aiment aussi explorer.

Après toutes ses rencontres passionnantes à Yaoundé, je me remets en route direction le Gabon. Je trouve via le site Couch Surfing un hébergement proposé par un sud coréen à mi chemin dans la ville d’Ebolowa.
Seong Min Kung, surnommé Kung est un Sud Coréen travaillant pour une ONG sud-coréenne au Cameroun. Il est très accueillant et un peu farfelu, il aime l’Afrique et sa cuisine. Il me propose de rejoindre deux de ses amies japonaises à un restaurant d’Ebolowa.

Je suis étonné et ravi d’échanger avec ses Asiatiques qui aiment voyager et qui me démystifie tout ce que je pensais sur le Japon et la Corée où la pression sociale est très forte.
Après avoir passé une nuit riche en échange et en conversation, je dis Adieu à mes amis et je reprends la route pour arrivée près de la frontière.
Le poste des trois frontières
Sur la route vers le Cameroun, la forêt devient luxuriante. Je rencontre même un serpent, rapidement tué à coup de baton par un automobiliste. Je longe la frontière de la Guinée-équatoriale où je croise quelques uns de ses habitants me parlant en espagnol. Quelle joie dans leurs regards quand je balbutie quelques mots de castillan pour leur répondre. Et oui, la Guinée-équatoriale est l’une des rares anciennes colonies espagnoles en Afrique avec le Sahara Occidental. Cependant, c’est aussi l’un des pays les plus fermés au monde. Dommage, je n’aurais pas le plaisir de le découvrir, étant donné le peu de visas attribués par le gouvernement de Malabo pour les visiteurs étrangers.
Je roule jusqu’à la frontière, un poste situé au carrefour de trois pays. Vers l’est j’aperçois la Guinée-équatoriale. Les routes sont goudronnées parfaitement de ce coté et un énorme building fait face. Cet immeuble est une zone de duty-free où beaucoup de Camerounais et de Gabonnais viennent pour acheter de la marchandise et la revendre dans leurs pays respectifs. Je n’aperçois aucune voiture qui fait le trajet vers la Guinée. En face de moi, se présente le poste frontière pour le Gabon, il est temps de faire mes adieux à la beauté des paysages camerounais afin de continuer mon chemin vers un pays que je connais moins, le Gabon.








Répondre à ivo nicolo Annuler la réponse.